Le Hajj ou l’héritage oublié d’une grande femme

Dr. Mohammad Omar Farooq

Translated from the original by: Leila Marsolais* [Canada]

Islamicity (January 29, 2004)

[Disclaimer: The original author does not know Dutch and therefore unable to independently vouch for the translation. However, the translator seems to have made a capable and conscientious effort.]

L'Islam nous enseigne à nous soumettre complètement et de tout coeur. « Ô vous qui croyez! Entrez dans l'Islam complètement, de tout coeur... » (Coran 2 : 208)

Il appelle également à une soumission spontanée et consciencieuse, sans hésitation ou résistance face à la volonté et aux conseils de Dieu. «  Non ! ... Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants aussi longtemps qu'ils ne t'auront demandé de juger de leurs disputes et qu'ils n'auront éprouvé nulle angoisse pour ce que tu auras décidé, et qu'ils se soumettent complètement [à ta sentence]. » (Coran 4 : 65)

Dieu nous annonce d’excellentes nouvelles. « Quant à ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, ce sont les meilleurs de toute la création. Leur récompense auprès d'Allah sera les Jardins de séjour, sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. Allah les agrée et ils L'agréent. Telle sera [la récompense] de celui qui craint son Seigneur. » (Coran 98 : 7-8)

L’Eid al-Adha est une occasion unique de réjouissance et de célébration. Ironiquement, ces réjouissances tournent autour du sacrifice. Cela est probablement significatif seulement pour ceux qui comprennent que la joie de donner est bien plus grande et plus profonde que la joie de recevoir.  

Cette grande occasion qu’est l’Eid al-Adha est
lié à un événement unique, le Hajj; à une ville unique, Makkah; et à une famille unique, la famille d'Abraham (que la paix soit sur lui). En effet, tel que le rapporte le Coran, la religion d'Abraham est profondément enracinée dans l’héritage d'une famille modèle. « Dis : C'est Allah qui dit la vérité. Suivez donc la religion d'Abraham, musulman droit. Et il n'était point des associateurs. » (Coran 3 : 95)

Nous ne pouvons parler de l’Eid al-Adha sans nous rappeler Abraham, représenté dans le Coran par une soumission parfaite. Il n'a jamais hésité à répondre à l'appel et aux ordres de son Seigneur, le Créateur, le Pourvoyeur, Celui qui donne un commencement à toute chose.

Jamais il n’a considéré une chose trop précieuse pour y rester attaché lorsque venait le temps d’accomplir la volonté de son Seigneur.

Tout ce qu’il faisait lui était commandé par Dieu et il remplissait ses devoirs consciencieusement, honorablement, noblement. L’histoire de sa foi et de sa conviction constantes nous est très familière, de même que celle du sacrifice de son cher et unique fils, qu’il était prêt à accomplir afin de combler le désir de son Seigneur.

« Quand son Seigneur lui dit : « Soumets-toi », il dit : « Je me soumets au Seigneur de l'Univers. » (Coran 2 : 131) Nous savons, évidemment, que Dieu ne voulait pas qu’il égorge réellement son fils. Il voulait plutôt voir si Abraham était prêt à se soumettre entièrement et inconditionnellement. Jamais, en réalité, un Dieu aimant n’aurait exigé à un père le sacrifice de son propre fils.

Un autre membre de cette famille parfaite est Ismaël, le premier fils d’Abraham. Le Coran le décrit comme ressemblant à son père en ce qui concerne sa foi et sa soumission à Dieu : « … (Abraham) dit : « Ô mon fils, je me vois en songe en train de t'immoler. Vois donc ce que tu en penses ». (Ismaël) dit : « Ô mon cher père, fais ce qui t'es commandé : tu me trouveras, s'il plaît à Allah, au nombre des endurants. » (Coran 37 : 102)  

Dans sa soumission à la volonté de son Seigneur, Ismaël était tout aussi parfait. Il se soumit entièrement à la volonté de Dieu, le coeur remplit de paix et de tranquillité. La plupart d’entre nous sommes familiers avec la position d’Ismaël de même qu’avec le rôle qu’il a joué dans l’héritage du Tawhid (doctrine de l’unicité de Dieu) et de la vérité éternelle.

J’aimerais aller au-delà du rappel habituel des histoires d’Abraham et d’Ismaël et attirer l’attention sur l’héritage très peu mentionné d’une grande femme, Hajar  (que Dieu soit satisfait d’elle), femme d’Abraham et mère d’Ismaël. En effet, elle fait partie intégrante de l’héritage du Tawhid et de la communauté d’Abraham. Sa soumission à la volonté de son Seigneur et son sacrifice étaient tout aussi parfaits que ceux de son fils et de son mari. Dieu l’a honorée dans la Coran en faisant de Safaa et Marwah des étapes du Hajj (pèlerinage), un des cinq pilliers de l’Islam. Safaa et Marwah sont les deux monts entre lesquelles Hajar a fait le va-et-vient à la recherche d’eau pour son enfant bien-aimé, alors qu’elle était seule, tel que l’avait décidé Dieu Lui-même. « As-Safaa et Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d'Allah. Donc, quiconque fait le pèlerinage à la Maison ou fait l'Umra ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre ces deux monts. Et quiconque fait de son propre gré une bonne oeuvre, alors Allah est Reconnaissant, Omniscient. » (Coran 2 : 158)

J’invite les lecteurs qui ne l’auraient pas déjà fait à lire le hadith rapportant en détails l’histoire de Hajar, dans Sahih Bukhari (vol. 4, no. 583, livre des Prophètes).

Hajar n’était pas seulement la femme d’Abraham. Elle l’aimait profondément. Encore une fois, cependant, afin de se soumettre à la volonté de Dieu, ce dernier la mena, de même que leur fils bien-aimé Ismaël, dans la vallée abandonnée et déserte de Makkah. Il n’y avait pas d’endroit habité nommé Makkah à cette époque.

Alors qu’Abraham conduisait Hajar et Ismaël vers cette vallée aride et sauvage, elle demanda (tel que rapporté dans le hadith) : « Ô Abraham ! Où vas-tu, nous laissant dans cette vallée où il n’y a personne ni rien pour survivre ? » Elle lui répéta cela plusieurs fois, mais il ne la regarda pas. Elle lui demanda alors : «Est-ce Dieu qui t’a ordonné de faire cela ?  » Il répondit : « Oui. »

Cela était suffisant pour Hajar. Elle savait maintenant que c’était en conformité avec la volonté divine. Avec la même noblesse et la même dignité que celles retrouvées dans cette famille, elle dit : « Alors Dieu ne nous négligera pas. », et dans une autre version : « Je suis satisfaite d’être laissée à Dieu. »
 
Abraham partit alors, la laissant seule avec son enfant. Makkah n’était pas encore un endroit habité. La nourriture et l’eau qu’Abraham avait laissées furent consommées par la mère et le nourrisson. Désespérément, Hajar commença à chercher de l’eau, courant d’un mont à l’autre dans la vallée. Évidemment, Dieu n’allait pas abandonner la famille d’Abraham. Elle fut donc visitée par l’archange Gabriel. Voilà matière à réflexion : quel type de personne est visité individuellement par Gabriel ?

De l’eau, sous forme de source perpétuelle (la source de Zamzam), leur fut rendue disponible par l’intervention directe de Dieu. Au même moment, les gens de la tribu de Jurhum, qui passaient par la vallée, virent des oiseaux voler au-dessus d’eux. Ils réalisèrent que de l’eau devait être disponible et en cherchant, ils découvrirent Hajar et Ismaël. Ils demandèrent la permission de s’installer près de la source. La vallée désolée de Makkah devint ainsi un endroit habité. Abraham y retourna, beaucoup plus tard, et y établit les fondations de la Ka’ba. Makkah allait devenir une ville et le cœur immuable du Tawhid, la croyance en un seul Dieu.
 
Subhanallah, Gloire à Dieu ! Il a permis qu’une femme mène à un événement aussi noble et significatif… Considérons également un autre aspect. Dans quel type de situation fut placée Hajar ? Dans cette vallée désolée et inhabitée, qu’est-ce qui a bien pu lui passer par l’esprit ?

Dans une soumission inconditionnelle à son Seigneur, en constante recherche, elle marcha et lutta pour trouver de l’eau et sauver son enfant, sans même penser à elle. Qu’aurait-elle bien pu penser à propos d’elle-même ? Le Dr. Ali Shariati, dans son célèbre livre sur le Hajj, tente de répondre à la question. Elle avait d’abord été une esclave dont le maître, un roi, se débarrassa. Elle se retrouvait maintenant victime et étrangère, exilée et abandonnée de sa famille, toute seule avec son enfant dans les bras! Jamais elle n’a pu avoir de digne identité. Si elle n’avait pas été la mère d’Ismaël, qui lui aurait donné la moindre valeur, la moindre reconnaissance? Là-bas, dans cet endroit désert, son identité n’avait plus aucune importance. Elle plaça son entière confiance en son Seigneur, déterminée à poursuivre sa quête dans la Voie de Dieu.

Posez-vous maintenant la question. Si vous deviez citer un seul être humain comme fondateur de la ville de Makkah, qui considéreriez-vous en premier lieu?*

Y a-t-il une autre civilisation ou même une autre ville de cette importance qui fut construite à partir du sacrifice et de la contribution aussi primaire d’une femme? Quelle ironie, quelle insulte totalement inacceptable que cette ville, née du sacrifice et de la lutte d’une femme, ne permette même pas aux femmes de conduire une voiture!  Il ne leur est également pas permis de voyager pour faire le Hajj par elles-mêmes, même si le Prophète Mohamed  lui-même eût la vision qu’un jour les femmes voyageraient seules pour faire le Hajj (et effectivement, sa vision s’est concrétisée). Voir Musnad, Imam ibn Hanbal, vol. 4 no. 19397, 19400 et Sahih Bukhari, vol. 4 no. 793.

Cela est tellement malheureux de constater que l’on parle si rarement de cette femme, même lors d’une occasion aussi pertinente, à laquelle elle est aussi rattachée. Je ne me souviens pas avoir entendue une seule khutbah mettant en évidence sa foi, son sacrifice, sa contribution. J’avais simplement lu son histoire dans Sahih Bukhari, jusqu’à ce que je tombe sur le travail d’un intellectuel musulman de notre temps, très convaincant au sujet de la contribution des femmes dans l’héritage du tawhid.*

Quel apprentissage hommes et femmes peuvent-ils tirer de l’histoire d’une femme dont la contribution a honoré les monts Safaa et Marwah, au point qu’ils soient devenus « …vraiment parmi les lieux sacrés d'Allah » et qu’ils doivent être visités lors du pélerinage? Que peut-on retenir du fait que la quête de cette femme pour sauver l’objet de son amour doit être reproduite au cours du Hajj?

En plus de reproduire cette scène, les pèlerins veulent être comme Ismaël et avoir une part de l’affection de cette noble femme. Cependant, l’implication symbolique est encore plus grande.

Cette communauté de croyants suit la voie du Prophète Mohamed , une voie d’abord tracée par Abraham et sa famille. Le rôle initialement joué par la famille d’Abraham fut entièrement assumé par le Prophète Mohamed  et désormais non seulement par sa famille mais par la communauté des croyants. Cette communauté a été créée pour l’humanité! (Coran 3 : 110)

Tel que c’était le cas à cette époque, l’humanité est toujours à la poursuite de l’anéantissement et la destruction. Ne devrions-nous pas, alors, voir l’humanité comme si c’était Ismaël, destiné à mourir, ne pouvant être sauvé que par l’amour, l’affection et la passion incessante de notre mère Hajar? Le Prophète Mohamed  n’a-t-il pas lui-même poursuivi cette mission de compassion et d’affection, devenant ainsi, selon le Coran, Rahmatullil Alamin (une miséricorde pour l’univers)? Ses loyaux compagnons n’ont-ils pas rempli la même mission? Cette ummah (communauté) ne devrait-elle pas, alors, être plus consciente de la confiance que Dieu lui a accordée et pour laquelle elle devra rendre des comptes? Y aurait-il une meilleure occasion de se rappeler cette confiance, de s’obliger à réfléchir et à agir en conséquence?

En conclusion, donc, que devrait-on célébrer?

« Seigneur ! Donne-nous ce que Tu nous as promis par Tes messagers. Et ne nous couvre pas d'ignominie au Jour de la Résurrection. Car Toi, Tu ne manques pas à Ta promesse. Leur Seigneur les a alors exaucés (disant) : « En vérité, Je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait, homme ou femme, car vous êtes les uns des autres. Ceux donc qui ont émigré, qui ont été expulsés de leurs demeures, qui ont été persécutés dans Mon chemin, qui ont combattu, qui ont été tués, Je tiendrai certes pour expiées leurs mauvaises actions, et les ferai entrer dans les Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, comme récompense de la part d'Allah. » Quant à Allah, c'est auprès de Lui qu'est la plus belle récompense. » (Coran 3 : 194-195) 

Après tant de peine et de lutte, tant de souffrance et de sacrifice, d’acharnement et de quêtes, ne devrait-on pas célébrer le fait que nos efforts ne seront pas vains, que nous ne subirons aucune perte? Telle est la promesse de nul autre que Dieu…

Pour moi, c’est plus que suffisant. Avec tout le sentiment de sécurité que nous donnent les promesses et les garanties de ce monde, on a tendance à oublier qu’il y existe également une multitude de déceptions. Si nous ne pouvons avoir l’esprit en paix avec la promesse de Dieu, alors il ne nous reste plus rien vers quoi nous tourner.  Que pourrait-on célébrer de mieux que l’invitation de Dieu à une vie de paix, de prospérité et de bonheur éternel? Une telle célébration requiert évidemment que nous nous engagions à rechercher, de façon constructive et positive, la paix, la prospérité et le bonheur pour l’humanité.

 

* J’ai pris connaissance de cet aspect particulier d’un important travail du Dr. Kaukab Siddique. Je ne peux parler de sa position en ce qui concerne d’autres sujets, mais sa contribution à la question de la femme en islam est fort judicieuse, pertinente et valable.

Abrégé d’une khutbah (prêche) donné lors de l’Eid al-Adha à Iowa City, Iowa. L’auteur est professeur d’économie et de finance à l’Université Upper Iowa. http://www.globalwebpost.com/farooqm
farooqm@globalwebpost.com

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*Note about the translator: Leila Marsolais is from Quebec (French part of Canada). She embraced Islam  three years ago. She does graphic designs.

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